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A star is Borne

22 mai 2022

La star du moment, c’est incontestablement Elisabeth Borne. Celle-ci n’a peut-être pas la puissance vocale de la chanteuse Lady Gaga dans A star is born, mais du caractère, ça elle n’en manque pas. C’est certainement ce qui a amené Emmanuel Macron à la choisir comme première Première Ministre de son second mandat, elle qui avait successivement été Ministre des transports, Ministre de l’Ecologie et Ministre du Travail dans le premier. Une pointure donc, une femme de dossiers, solide, expérimentée, une sacrée tronche même, on peut le dire.

Elisabeth Borne, première Première Ministre d’Emmanuel Macron et deuxième de la cinquième République après Edith Cresson.

Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir sa biographie. Le premier évènement qui interpelle dans son histoire, c’est le suicide de son père alors qu’elle n’a que 11 ans. On imagine aisément à quel point ce type de drame vous forge le caractère de manière radicale, ce qui ne vous tue pas vous rendant plus fort, n’est-ce pas ? Etudes à Janson de Sailly, Polytechniques pour finir diplômée ingénieur(e) de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, Elisabeth commence sa carrière au ministère de l’équipement de Pierre Méhaignerie, gouvernement Jacques Chirac. Elle poursuivra ensuite entre ministères (Education nationale avec Jospin, Ecologie avec Ségolène Royal) et grandes entreprises publiques (SNCF, RATP), avec une petite expérience en province puisqu’elle est nommée préfète de la région Poitou-Charentes en 2013, la première femme à occuper ce poste.

Elisabeth Borne est donc connue pour bien connaître ses dossiers et être une femme avec qui il est difficile de négocier, une sorte de Thatcher à la française, mais qui possède, dit-on, un certain sens de l’humour en privé. Remarquez, si vous voulez tenir longtemps en politique, mieux vaut avoir le sens de l’humour car dans ce monde où les cadeaux sont rares et les coups bas quotidiens, on ne doit pas rigoler pas tous les jours. En poste au ministère des transports, elle a mené la réforme de la SNCF avec « seulement » trois semaines de grèves à la clé, ce qui est un assez bon score compte tenu de la puissance conservatrice de cette corporation. Au ministère du travail, elle a raboté l’assurance chômage au sortir du Covid et c’est passé comme une lettre de licenciement à la poste, comme dans du beurre, on dit aussi. Il est vrai qu’on voit rarement des manifestations de chômeurs, alors qu’ils auraient pourtant le temps. C’est qu’en fait, on ne dit pas non à Madame Borne. Tel le presque éponyme Jason Bourne dans La mémoire dans la peau (1), vous pouvez vous débattre et débattre tant que vous voulez, il a été entraîné pour aller au bout de sa mission, et c’est ce qu’il fera.

Les commentateurs, souvent des mauvaises langues, à quoi bon faire des commentaires sinon, disent d’elles qu’elle sera le parfait petit soldat du président soleil Emmanuel 1er, comme l’ont été avant elle Philippe et Castex. Franchement, je n’en suis pas aussi certain. Cette femme a su s’imposer à Polytechniques, à Ponts et Chaussées et dans tous les ministères où elle est passée. Elle a aussi occupé des postes à responsabilités (SNCF, RATP) où le fauteuil, si confortable et rembourré semble-t-il être, peut rapidement prendre feu et vous éjecter de l’autre côté de la voix ferrée. Des univers masculins, durs, compétitifs et sans pitié. Alors Elisabeth Borne simple toutou de Macron, je n’y crois pas vraiment.

Après, elle a indéniablement le sens de l’Etat et sous la cinquième République, l’Etat est dirigé par le Président de la République. Alors elle fera ce qu’elle aura à faire, à commencer par la gestion de l’inflation et du pouvoir d’achat, avant d’enchaîner par la réforme des retraites, reportée à cause du Covid, sans oublier la transition écologique, la grande priorité du second mandat. Trois gros dossiers, mais les gros dossiers, apparemment ça la connaît.

Pour l’aider dans sa tâche, elle aura un tout nouveau gouvernement, enfin pas totalement tout nouveau nouveau puisque la moitié des ministres sont issus du premier mandat : Le Maire à l’Economie, Darmanin à l’Intérieur, Dupond-Moretti à la Justice, etc. et des tout frais tout neufs tels Pape Ndiaye à l’Education Nationale, De Montchalin à l’Ecologie ou Colonna aux Affaires étrangères. Des femmes, des hommes, des blancs surtout mais aussi quelques colorés tout de même pour montrer qu’en France on peut s’intégrer et qu’il y a une différence visible, à l’inverse des minorités du même nom, entre les partis dits républicains et les autres. Bref, Emmanuel Macron a essayé de cocher le plus de cases possibles pour donner l’illusion d’une présidence plus démocratique, un changement promis lors de son discours au pied de la Tour Eiffel.

Reste à gagner les élections législatives pour confirmer tout ce petit monde dans son marocain, à commencer par la première d’entre eux, qui se présentera dans la 6ème circo du Calvados, celle où son grand-père avait été maire.

The star is Borne, c’est certain. Allez Elisabeth, come on !


Notes / Sources

(1) La mémoire dans la peau, film de Tony Gilroy avec Matt Damon, 2002.

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