# EconomiX

Parisiens têtes de chiens

7 mai 2021

Quand j’étais môme, on avait l’habitude de dire avec les copains « Parisiens têtes de chiens, Parigots têtes de veau ». Mon père aussi le disait quand il était petit et peut-être que mon grand-père également. Cela ne date donc pas d’hier cette rivalité entre la capitale et la province. Ceci dit, ils nous le rendent bien les Parisiens. Pour eux, on est des bouseux, des plouks, des sans-dents, des illétrés. C’est de bonne guerre.

Après, ce qu’on ne nous avait pas dit, c’est qu’il ne s’agit pas n’importe quel chien. Ce n’est pas le toutou à sa mémère dont il est question ici, mais plutôt d’un chien de chasse. Car le Parisien, derrière ses grands airs, il n’est pas là pour enfiler des perles, il est là pour dominer la France, voir même le monde. C’est vrai, certains d’entre eux se pensent encore au temps de Louis XIV où Versailles étincelait de mille feux. Paris sera toujours Paris, pensent-ils ! Mais faites un tour sous les ponts Porte de la Chapelle et vous verrez que pour les milliers de migrants qui s’y entassent, ce n’est pas Versailles tous les jours.

Cela étant, il est vrai que sur le plan économique, Paris IDF (Ile de France) écrabouille les autres régions françaises comme le montre ce graphique. L’IDF représente 31% du PIB et 40% des créations d’emplois entre 2007 et 2018, 62% dans les services. Logique puisque le numérique, l’ingénierie et le conseil en gestion ont représenté plus des deux tiers des créations d’emploi pendant cette période et Paris archi-domine ces secteurs d’activité. Logique également car les régions ont des budgets ridicules pour peser sur la scène économique, 35 milliards d’euros toutes régions confondues, soit 1,5% du PIB.

Source : La Fronde des territoires, Challenges N°695, avril 2021, p.46

Pourtant, cette situation historique est contre-productive. Comme le dit Olivier Razemon dans son dernier ouvrage (2), l’hypertrophie « grand-parisienne » nuit à la fois aux Parisiens eux même (pollution, embouteillages, prix de l’immobilier délirant…) et au reste du pays car pendant que Paris continue de développer son « business », des territoires entiers se vident de leurs habitants et meurent.

Alors quoi ? Que faire ? Eh bien faisons ce qu’Emmanuel Macron avait dit qu’il ferait. Supprimons l’ENA ! C’est peut-être symbolique mais ça fait du bien. Et puis cette école a été complètement dévoyée. Aujourd’hui, ses diplômés s’empressent de rejoindre le privé pour aller gagner plus que dans la fonction publique, et plus vite. L’ENA n’a donc plus aucune raison d’être.

Il y avait aussi un projet de loi 4D comme Différenciation, Décentralisation, Déconcentration et Décomplexification – un mot assez complexe n’est-il pas, très Cher ? Vous voulez de la décentralisation, je vais vous en donner moi de la décentralisation. Il vous suffit pour cela d’éclater tous les ministères aux six coins de la France (eh oui c’est un hexagone rappelez-vous), faire tourner le conseil des ministres. Décentralisez le pouvoir politique et vous verrez que l’économique suivra. CQFD.

Cette séquence Covid nous prouve qu’il n’y a plus besoin d’être serrés les uns à côté des autres pour pouvoir travailler ensemble. L’Elysée n’a plus besoin d’être à côté de Matignon et les différents ministères et administrations centrales n’ont plus de raison objective de rester à Paris. Faisons-les déménager et vous verrez que l’effet sur les décisions nationales sera immédiat.


Références :

La Fronde des territoires, Challenges N°695, avril 2021, p.46

(2) Olivier Razemon, « Les Parisiens », une obsession française, Anatomie d’un déséquilibre. Rue de l’Echiquier, 2021.

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