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Préférence économique européenne

6 décembre 2022

Ce matin, Bruno Lemaire, ministre de l’Economie et des Finances, était l’invité de France Inter et invitait à son tour les dirigeants politiques européens à la « préférence européenne », par exemple dans le cadre d’un grand plan anti-inflation à l’américaine. On rigole là, non ? Applaudissements ! Au même moment, on apprend que les Allemands s’apprêtent à vendre le port de Hambourg aux Chinois. Ça c’est de la préférence européenne dites-moi ! Faut dire que les trois quarts des ventes du groupe Volkswagen se font désormais en Asie, et plus particulièrement en Chine, c’est dire s’ils sont dépendants ces deux-là. Les Allemands imposent leur tempo en Europe, il suffit pour s’en convaincre de constater dans un autre secteur éco, autre secteur stratégique s’il en est, que le prix de notre électricité est indexé sur le prix du gaz, tout ça parce que nos amis outre-Rhin en consomment une grande quantité depuis qu’ils ont fermé une partie de leurs centrales à charbon et qu’il ne faut pas créer de concurrence déloyale entre les différentes sources d’énergie, surtout si ce n’est pas en leur faveur. Faire un deal avec les Allemands quand on est Français, c’est jouer à qui perd perd. Et Bruno Lemaire, germanophone émérite, nous parle de préférence européenne ! Tout ceci est une farce. Qu’il parle de préférence allemande, et les choses seront plus claires. En matière économique et financière, les Allemands dirigent le bal des faux culs et nous Français, nous sommes les dindons de cette farce.

Autre lieu, autre bal, autre farce, Emmanuel Macron était la semaine dernière l’invité d’honneur des Etats-Unis. Notre petit coq présidentiel est monté sur ses ergots à la tribune pour pointer du doigt la politique fiscale américaine du président Biden, très clairement anti-concurrentielle, notamment vis à vis du grand rival chinois, mais également par rapport à son vieil allié de la guerre d’indépendance contre les Anglais, j’ai nommé, cocorico, nous les Français et plus généralement les Européens, menacés je cite, de « fragmentation ». Mais les Américains sont comme les Allemands et comme les Chinois et tous les pays du monde sauf peut-être la France pour qui le patriotisme est un vilain mot qu’on laisse au Rassemblement National, dès qu’il s’agit d’intérêts économiques, c’est America first, America great again, peu importe que ce soit Trump ou Biden au pouvoir. Biden a donc pris acte de l’avis de son hôte mais lui a gentiment signifié qu’il n’en avait rien à faire, que l’Amérique n’avait pas pour habitude de s’excuser mais pour ne pas partir fâchés, homards, langoustes et autres délices de l’ambassadeur made in USA (aucun fromage qui pue la France sur la table) les attendaient dans les assiettes en porcelaine de la Maison Blanche. Que le bal commence ! Cette fois, ce n’est ni Louis XIV ni Jupiter qui le mène mais le POTUS, the President of the United States.

Préférence Européenne, préférence nationale, préférence locale… il serait tant de s’en préoccuper, cher Bruno Lemaire. Plus exactement, il aurait fallu y réfléchir avant, avant que les usines ne ferment aux cinq coins de la France, laissant des millions de chômeurs dans l’obligation de s’adapter ou de crever à petit feu mais pas trop haut pour ne pas choquer les bourgeois, afin de les laisser profiter de la mondialisation heureuse. Seulement la mondialisation de l’économie n’est pas un conte de fée, elle n’est heureuse que pour les gagnants, the winner takes it all, les miettes pour les perdants. Les grands perdants de la mondialisation, ce sont les Européens. Pas ceux des beaux quartiers, pas encore, mais ceux des quartiers populaires à qui il ne reste que les alloc’ et les restos du coeur pour survivre. Certains diront de manière cynique que c’est un juste rééquilibrage historique. Longtemps l’Europe s’est enrichie en pillant les ressources du monde entier à travers les croisades et les colonies, il est temps pour elle de bouffer de la vache maigre. Mais il s’agit là d’un raisonnement philosophique à la petite semaine. Car les Européens ont eux aussi eu leur ration de pain sec et d’eau, la révolution industrielle n’a pu avoir lieu que grâce à la misère de millions d’ouvriers, embauchés à l’usine dès l’enfance. Puis, petit à petit, les travailleurs se sont battus pour obtenir une vie meilleure, rien ne se donne, tout se conquière et c’est ce que nos ancêtres ont fait. Nous les Européens d’aujourd’hui leur devons notre confort actuel, si relatif et fragile soit-il. Alors non, il ne faut pas accepter de nous faire bouffer tout crus pas les Américains ou les Chinois. Qu’il se les garde ses homards Biden, qu’il se les mette où je pense, ou qu’il aille sucrer les fraises avec, lui qui tient à peine debout, pas beaucoup plus rassurant que Trump comme président, au final.

Alors oui M. le Ministre de l’Economie et des Finances, je vous rejoins, une fois n’est pas coutume. Il faut plus de préférence économique nationale ou européenne, avant qu’il ne soit trop tard !

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