# Geopolitix

Révolution iranienne 2.0 ?

8 février 2023

Alors que le mouvement de contestation populaire déclenché il y a près de 3 mois après la mort Mahsa Amini et initié par les femmes iraniennes, allons-nous assister à une nouvelle révolution iranienne, après celle de 1979, qui avait vu le Shah Pahlavi renversé par une coalition entre les libéraux de Barzagan et les islamistes de Khomeyni ? Puis les théologiens prirent l’ascendant, notamment au niveau local où ils créèrent des comités révolutionnaires, aussi connus sous le nom pompeux de Gardiens de la Révolution.

Avec la fin de l’accord de l’accord sur le nucléaire avec les Américains, Biden ayant dit catégoriquement que celui-ci était « mort », on commence à y voir un peu plus clair dans le mode de fonctionnement des ces fameux gardiens. Quand je dis « On », je veux bien entendu parler du grand public, pas des services de renseignement du monde entier qui connaissent leurs agissement depuis longtemps mais se contentent d’observer pour ne pas, je cite, « foutre la merde » dans des relations internationales fort complexes. Faut dire que l’Iran est littéralement au coeur du Moyen-Orient, cette poudrière où se concentrent musulmans, chiites, sunnites, juifs, kurdes. Je vous invite à prendre une carte, ou simplement n’importe quelle application de cartographie sur votre téléphone, et vous vous rendrez facilement compte à quel point l’Iran est central, il a des frontières communes avec l’Irak, la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Afghanistan, le Pakistan et si on considère le Golfe Persique comme une frontière maritime, on peut ajouter à cette liste l’Arabie Saoudite, le Koweit, les Emirats Arabes Unis et Oman. Rien que ça ! En plus, c’est un pays immense, disposant de ressources importantes, en particulier en pétrole. Et qui dit ressources, dit argent, qui dit argent, dit trafics, corruption, détournements, enrichissements privés au détriment du peuple que l’on prétend défendre, etc. etc., l’histoire est bien connue et se répète inlassablement, partout dans le monde et depuis toujours, quelle que soit votre obédience ou culture, l’argent pourrit les gens et les révolutions.

Depuis la première révolution iranienne de 1979, les Gardiens ont construit un système tentaculaire et parfaitement organisé de siphonnage des richesses iraniennes. Aujourd’hui, les mollahs s’inquiètent devant la montée du mouvement populaire et fait fuir par avion les réserves d’or du pays, qui sont parmi les plus importantes au monde, direction la Turquie, le Liban ou d’autres pays voisins où l’or peut-être vendu et transformé en liquidités, aussitôt transférées vers des banques plus ou moins regardantes aux quatre coins du globe. Les spécialistes parlent de 10 milliards de dollars sur les 3 derniers mois, et plus de 100 milliards de dollars depuis que les Gardiens gardent le temple. Mais les Pasdarans, l’autre nom des Gardiens de la révolution islamique d’Iran, ne s’arrêtent pas à ces faits de corruption et de détournements de sommes pharamineuses (contraction lexicale de faramineux et pharaonique), ils financent des groupes terroristes tels que le Hezbollah, organisent un trafic de drogues à l’échelle mondiale, ils entretiennent même des relations étroites avec les cartels mexicains et sud-américains. Ils sont également impliqués dans la prostitution, pour des islamistes qui bannissent la féminité sous toutes ses formes, ce n’est pas rien. Ceux qui suivent de près l’Iran, à savoir tous les services de renseignement occidentaux, sans oublier les Israéliens évidemment puisqu’ils ne sont pas très loin géographiquement et doivent toujours anticiper les menaces qui émanent des pays arabes, les comparent à une organisation mafieuse. Sauf que celle-ci, vous ne pouvez pas la démanteler car elle ne dépend pas d’une famille ou d’un clan, d’une ville ou d’une région, mais d’un pays tout entier, ou du moins de son pouvoir central et religieux, un pays qui encore une fois dispose de ressources importantes et d’une influence significative sur les mosquées du monde entier qu’ils abondent de pétro-dollars. C’est d’ailleurs pour cela que nous autres Français marchons sur des oeufs avec les Iraniens, nous ne voulons pas les prendre de front et risquer qu’ils activent des réseaux terroristes en France via des imams sympathisants. C’est d’ailleurs le message que nous a envoyé Hossein Salami, le chef militaire des Gardiens, suite aux nouvelles caricatures de Charlie. Il nous met en garde et nous dit de nous attendre à des « représailles », et d’observer de nos deux yeux le sort réservé à Salman Rushdie, lui à qui il n’en reste plus qu’un. Disons les choses clairement, Salami nous menace ! Nous la France, qui il n’y a pas si longtemps encore, c’était sous la présidence Hollande, déroulait le tapis rouge de l’Elysée au président iranien de l’époque, Hassan Rohani. C’est beau la politique n’est-ce pas ? L’Iran, le commanditaire bien connu du Hezbollah, organisation terroriste libanaise qui ne compte plus le nombre d’attentats et d’actions de grande ampleur (ambassade américaine, Rafik Hariri, guerre en Syrie, etc. etc.), faut dire qu’ils y mettent toujours la dose, au Hezbollah, pour faire sauter un immeuble ou une personne gênante, plusieurs centaines de kilos d’explosifs à chaque fois, résultat un cratère monstrueux, une déflagration d’enfer et des dizaines de victimes. Du travail de pro ! C’est d’ailleurs sans doute le Hezbollah qu’il faut remercier pour l’explosion du port de Beyrouth, le nitrate d’ammonium qui y était entreposé leur servait à produire de l’explosif pour alimenter le front syrien. On verra ce qu’en dit l’enquête, si elle en dit un jour quelque chose.

Le pire dans cette histoire franco-iranienne, c’est qu’au moment où Hollande trinquait avec Rohani, la DEA, l’agence américaine anti-drogues s’apprêtait à lancer un grand coup de filet sur la tête financière du Hezbollah, également ambassadeur du Liban en Iran. Le capitaine américain était même à Paris pour finaliser la traque, puisqu’il avait fallu la coopération de services français, jusqu’à ce que celui-ci reçoive un coup de file de John, son supérieur hiérarchique : « Hey, Jack, on arrête tout ! »

Jack : « Comment ça on arrête tout mother fucker ? »‘

John : « Bah… Haut bas haut bas, Obama va signer un accord sur le nucléaire avec les Iraniens. Moyennant quoi, on arrête de les emmerder avec le Hezbollah ! You understand Jack ? »

Jack : « Fuck off John »

Il a le cuir épais Jack, il en a vu d’autres. Quelques années plus tôt, l’Opération Cassandre, nom que les Américains ont donné à cette enquête gigantesque, clin d’oeil à la déesse grecque qui annonce les mauvaises nouvelles, avait déjà capoté à cause d’un conflit entre la DEA et la CIA à Beyrouth. Vous imaginez comment ils se sont marrés au Hezbollah quand ils ont appris que les Américains se tiraient dans les pattes entre eux, au risque de foutre en l’air plusieurs années d’infiltrations. Et pourtant c’est ce qu’ils ont fait. Et une fois encore, l’OP capotait parce que le Capitole s’en mêlait. Il faut en avaler des couleuvres parfois, quand on est flic. Je vous invite à voir Hezbollah, l’enquête interdite (2) pour en connaître davantage sur cette organisation et les détails de l’Opération Cassandre. Passionnant !

Pour en revenir à l’Iran et à toutes ces jeunes femmes, qui se battent pour leur liberté, telle Ghazal Ranjkesh, qui comme Rushdie a pris une balle dans l’oeil mais continue de se battre, sur les réseaux et dans la rue, ont-elles une toute petite chance, aidées qu’elles sont par des millions d’iraniens ordinaires, ordinaires mais téméraires, voire suicidaires, de renverser les Gardiens ? Si le pouvoir fait évacuer son or, c’est que la menace, ou la chance, tout dépend du camp révolutionnaire dans lequel on se place, celui de 1979 ou celui de 2022, existe bel et bien. Et quand bien même ! Quel sera alors l’avenir de l’Iran après cette prise de pouvoir ? Des révolutions, il y en a eu beaucoup dans l’histoire, en Iran comme ailleurs, combien ont abouti à un vrai vent nouveau, synonyme de progrès et de liberté pour le plus grand nombre, sans que des millions de gens en paient le prix de leur vie ? Combien ? C’est que, par définition, faire une révolution consiste à faire un tour sur soit pour revenir au même point. A méditer avant de se faire tuer sur les barricades ! Inch allah ! Si Dieu le veut !

Ghazal Ranjkesh, une des figures de la révolte iranienne

Sources / Références

(1) Iran, l’or des mollah prend la fuite, Enquête d’Emmanuel Razavi pour Paris Match, 2 février 2023

(2) Hezbollah, l’enquête interdite, de Jérôme Fritel et Sofia Amara, France TV, 2023

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