The Tunisian
Il y a un peu plus de 10 ans, Mohammed Bouazizi, vendeur de légumes ambulant de 26 ans, s’immolait devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid en Tunisie. S’en suivait des mouvements populaires massifs, sans précédent depuis la décolonisation, une vague de fond qu’on a appelé le « Printemps arabe » en référence au Printemps des Peuples de 1848 et au Printemps de Prague. Puis l’effet domino enclenché, la révolution tunisienne se propagea à bon nombre de pays du bassin méditerranéen.
Quel niveau de désespoir faut-il à un jeune homme de 26 ans pour s’asperger d’essence et y mettre le feu ? Sans doute le même que celui qui pousse des milliers de Tunisiens à s’embarquer de nos jours, dix ans après les évènements de Sidi Bouzid, sur des coquilles de noix pour traverser la Méditerranée afin de rejoindre l’Europe vers un avenir que l’on espère moins miséreux, moins misérable comme le dirait Hugo, que celui qui les attend au pays. Seulement, à 120 sur des embarcations prévues pour 40, ce n’est pas sur les côtes italiennes qu’ils atterrissent le plus souvent, mais au fond de l’eau, comme cet homme qui gît là, sur la plage de Zarzis, pendant que d’autres, un peu plus loin, s’adonnent au kyte surf. Quelle image saisissante ! Glaçante comme le fond de cette eau vert émeraude.
Dix ans après, la révolution tunisienne s’est transformée en chaos. Certes la famille Ben Ali a été chassée du pouvoir qu’elle détenait depuis vingt-cinq ans d’une main de fer et d’un porte-monnaie grand ouvert, mais le régime démocratique, disons plutôt représentatif, mis en place à sa suite, n’a pas tenu les espoirs que le peuple tunisien y avait mis. Les Tunisiens voulaient des conditions de vie dignes, du travail, plus de justice sociale, plus de libertés, moins de corruption et surtout mettre fin à l’enrichissement d’un petit nombre sur le dos du plus grand. Toujours la même histoire finalement, en Tunisie ou ailleurs, d’exploitation de l’homme par son semblable, quand il ne s’agit pas d’oppression.

Mais la démocratie représentative est-elle plus efficace pour lutter contre la pauvreté que la dictature ? Posée ainsi, cette question est une véritable provocation, j’en conviens. Je ne souhaite pas défendre la tyrannie, je pose simplement la question, de manière pragmatique. Surtout quand je vois l’instabilité politique qui règne en Tunisie. Le 25 juillet, des milliers de manifestants réclamaient la dissolution du Parlement. Le soir même, le président Kaïs Saïed annonçait le limogeage du Premier ministre et la suspension séance tenante des activités de l’Assemblée. Pendant ce temps, un sondage révélait que huit jeunes sur dix, âgés de 20 à 30 ans, ne voulaient pas rester en Tunisie, pensant qu’ils n’y avaient aucun avenir. Le constat est clair, la jeunesse tunisienne est tout aussi désespérée aujourd’hui qu’elle l’était du temps de Ben Ali.
Une différence néanmoins, les nouveaux Mohammed Bouazizi ne s’immolent plus, ils se noient en mer.
Références
Tunisie, l’été infernal, reportage de François de Labarre, Paris Match du 29 juillet au 4 août 2021
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