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Chavagneux ou l’optimisme

11 juillet 2021

Alors que le monde est, au mieux, dans une forme de flou total quant à son avenir, au pire, au bord d’un précipice économique et surtout écologique vertigineux, Christian Chavagneux, le rédacteur en chef du magazine Alternatives Economiques, se déclare optimiste (1). Il y avait l’optimisme de Candide chez Voltaire, il y aura dorénavant l’optimisme façon Chavagneux. Remarquez avec un nom comme ça, Chavagneux, ça va mieux, difficile de voir l’avenir en noir.

Parmi les raisons avancées, il y a le fait que, selon les études d’opinion, les bien nommées, les gens auraient envie de retourner au bureau pour retrouver les collègues – tiens donc ! Autres raisons invoquées, le fait que les Français aiment lire – ça c’est une vraie bonne nouvelle, le monde s’écroule mais les Français aiment lire. Eh les gars, on est sauvés, les Français aiment lire ! Yoohoooo. Ne serait-ce pas plutôt parce que quand tu es enfermé chez toi, que t’as fait le tour des séries du moment, il ne te reste plus qu’à prendre un bouquin, en désespoir de cause. Je dis ça je dis rien. Et enfin, le comble de la bonne raison d’être optimiste, le fait que l’Etat peut continuer à s’endetter malgré la montagne de dettes accumulée ces trente dernières années, c’est la Banque Centrale qui régale. Eh chérie, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à t’annoncer, laquelle tu veux en premier ? La mauvaise, ok. Eh bien la mauvaise nouvelle, c’est qu’on est ruinés, mais la bonne c’est qu’on peut continuer à s’endetter. Euh, t’es sérieux là ? Et là, on s’imagine bien avec le rire niais de la marionnette de François Hollande aux Guignols, ne sachant quoi ajouter pour paraître moins con.

Le pire c’est que Christian Chavagneux ne lit même pas son propre magazine. Dix pages à peine après son édito optimiste, le premier dossier a pour titre : « Biodiversité : comment éviter la 6ème extinction ? » Voilà ce qu’on appelle de l’optimisme en effet.

Pourtant, il aurait pu s’appuyer sur la version graphique du magazine (Oblik) sortie au 3ème trimestre 2020 qui recensait 50 raisons de garder espoir ou tout du moins de se réjouir des résultats de certaines actions mises en place ces dernières années (2).

En Afrique, l’espérance de vie est passée de 50 ans en 2000 à 60 ans en 2015 grâce à la vaccination, la lutte contre le paludisme et le sida. Le sida qui fait toujours un million de morts par an dans le monde, mais c’est deux fois moins qu’au début des années 2000. Un monde où près de 90% de la population a désormais accès à l’eau potable, 10% de plus que vingt ans plus tôt, et 87% ont accès à l’électricité. Petit bémol hexagonal, on boit en France de moins en moins d’alcool, surtout moins de vin. Un Français en buvait en moyenne 17 litres par an en 1967, il en boit aujourd’hui moins de 7 litres. Comment peut-on garder espoir si on boit de moins en moins, dites-moi hein ?

Sur le plan économique et social, la grande pauvreté et le surendettement reculent, la spéculation régresse, le secret bancaire s’évente, les dépôts dans les paradis fiscaux diminuent, la finance solidaire, au contraire, progresse.

Les inégalités hommes-femmes s’estompent, le mariage homosexuel et la reconnaissance de droits des personnes LGBT+ progresse dans le monde, les guerres sont plus rares et font moins de victimes, le nombre d’homicides recule, le taux de scolarisation augmente.

D’un point de vue écologique, la qualité de l’air s’améliore, le bio prend de plus en plus d’importance, on le voit en France avec le développement des rayons et magasins spécialisés, et de plus en plus d’agriculteurs abandonnent les produits chimiques. Le nucléaire coûte de plus en plus cher, ce qui le rend de moins en moins compétitif par rapport aux énergies renouvelables, les gens consomment de moins en moins de viande, le recyclage des déchets s’étend et devient la norme, les vieilles voitures thermiques seront bientôt remplacées par des véhicules électriques (quel que soit le type, vélo, trottinette, skate…), l’Europe reboise et les loups reviennent, 530 loups en France pour être précis à la sortie de l’hiver cette année, 100 de plus que l’année dernière. Au moins, ils seront là pour nous bouffer quand nous serons tous morts d’asphyxie.

Alors pour chaque point évoqué, il y aura bien quelqu’un pour me dire que c’est faux ou pour me trouver un contre-exemple, sans doute. J’avoue faire confiance à l’honnêteté intellectuelle des journalistes d’Oblik et ne suis pas allé vérifié chaque statistique avancée. Ce que je sais néanmoins, c’est que, comme le dit l’adage populaire, on peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Le voir toujours à moitié vide, comme nous y incite trop souvent les écolos, ne nous emmènera pas très loin, si ce n’est à la dépression collective.

Alors je me range du côté de Christian Chavagneuxn c’est à dire dans le camp des optimistes.


Références

(1) Edito de Christian Chavagneux, Alternatives Economiques, mai 2021

(2) 50 raisons de garder espoir, Oblik, N°3 2020

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