# MetaphysiX

Et Dieu dans tout ça ?

28 janvier 2024

« Et Dieu dans tout ça ?  » était l’une des questions que Jacques Chancel posait parfois à ses invités dans l’émission Le grand échiquier, un incontournable du PAF des années 70 et 80. C’était l’occasion pour eux de faire une bonne phrase, aujourd’hui on dirait une punchline, et d’évoquer leur foi, leurs croyances, ou non-croyances, un sujet majeur vous en conviendrez sans qu’il fasse l’unanimité, ni l’humanité, et pour cause.

Il y a quelques mois, peut-être une année, Odile m’avait convié à un apéro auquel elle avait aussi invité un autre ami à un elle, Eric, un éducateur spécialisé. Si vous avez lu le billet précédent, vous savez qu’Odile était catholique pratiquante. En faisant les présentations, Eric me raconte rapidement son parcours et surtout comment il a rencontré la foi et comment cela a changé sa vie, lui redonnant du sens et l’envie de rendre service à la communauté. Pour être honnête, à cet instant précis, entouré de deux cathos pratiquants, je me suis senti cerné, je me suis même demandé si le but de cet apéro n’était pas de tenter de me convertir. Je suis personnellement agnostique, c’est à dire que j’ai la modestie d’admettre que certaines choses échappent à ma compréhension et à mes connaissances à cet instant précis, et je tiens à le rester, ne souhaitant pencher ni du côté des athées qui ne croient en rien, même pas en eux-mêmes parfois, ni du côté des croyants qui me semblent sous influence, influencés et influençables. Voilà c’est dit, j’ai l’occasion de leur dire gentiment, nous pouvons passer à un sujet plus prosaïque, par exemple les enfants, ceux qu’on a adoptés, ceux qu’on a faits, peu importe, tous apportent leur lot de contrariétés et d’inquiétudes, de joies aussi parfois, n’exagérons pas.

Avant de clore complètement le sujet de Dieu, Odile me donne un gros livre et me dit, lis ça et on en reparlera. Je regarde le bottin qu’elle me tend avec une petite moue, Dieu, la science, les preuves, l’aube d’une révolution (1). Il est certes préfacé par un prix Nobel de physique (Robert W. Wilson), mais il est co-écrit par le frère de Vincent Bolloré, le milliardaire bien connu, le parrain qui a régné un temps sur tous les ports de la France Afrique et aujourd’hui sur la télévision et les médias, l’homme à qui l’on doit Cyril Hanouna. Je l’embarque par politesse, n’ayant en aucune façon l’intention de le lire, il y a déjà tant de bouquins dans ma liste que je n’ai pas le temps de lire, pourquoi irai-je consacrer du temps, beaucoup de temps d’ailleurs car le livre est assez épais, à ce qui doit être un tissu d’âneries et de fake. Dieu, la science, bullshit et compagnie prendra donc la poussière sur une étagère chez moi, jusqu’à ce que, passant par là et revoyant sur la couverture une photo de l’espace, je me dise, et pourquoi pas ? Qu’est-ce que j’ai à y perdre après tout ? Je peux très bien y aller armé de mon esprit critique et de mon agnosticisme, on verra bien ce qu’il en ressort. Peut-être que j’en rigolerai, me disant qu’il y a tout de même de sacrés hurluberlus dans ce monde, ceux qui croient des bêtises, ceux qui en écrivent, ceux qui dirigent les autres, ceux qui les suivent comme des moutons de Panurge (à propos de Rabelais, j’aurais une anecdote marrante à vous raconter en fin de billet). Je peux aussi avoir une révélation, comme Eric, et changer complètement de vie, mon Dieu j’ai peur !

Allons-y, commençons la lecture… quelques heures plus tard, rien n’a changé dans ma vie, ni dans ma tête, au contraire, mon agnosticisme en sort renforcé. A ceci près que je me considérais comme un agnostique sceptique, expression que j’ai emprunté à Chevènement, désormais je suis un agnostique plus ouvert. Je ne vais pas vous résumer la théorie soutenue par les auteurs, ou les théories, car l’exercice serait complexe et pas forcément intéressant. L’idée centrale, me semble-t-il, est de dire, c’est d’ailleurs ce que dit l’état de la science aujourd’hui, notamment la physique et la cosmologie, qu’il a fallu des conditions très spécifiques, on parle aussi de réglages fins (en termes de neutrons, protons, chaleur etc.) les scientifiques utilisent eux des équations de plusieurs pages pour décrire ces réglages fins, tellement fins et spécifiques, qu’ils sont totalement improbables, de l’ordre d’une chance sur des milliards que les conditions soient réunies pour que le big bang ait lieu, et pourtant il a eu lieu. Simple hasard ? Les auteurs n’y croient pas. Dit plus simplement, pendant des siècles, les savants ont considéré l’univers comme une donnée intemporelle, sans début ni fin. On sait aujourd’hui notamment grâce aux travaux de Friedman (année 1920) et Lemaître (années 1960), que l’univers à eu un début (Big Bang), il y a environ 13 milliards d’années, et qu’il aura une fin, dans plusieurs milliards d’années, et vu le bazar que nous mettons sur cette petite planète bleue, il est plus que probable cette fois que nous aurons complètement disparu d’ici là. Il n’y aura alors plus personne pour se demander si Dieu existe ou pas.

Cependant, le problème n’est pas tant la fin que le début, car qui dit début, dit création et qui dit création, dit créateur. Enfin créateur pour certains, ou hasard pour d’autres, que les auteurs appellent les matérialistes. Pour les matérialistes, les choses sont telles qu’elles sont, point ! Nul besoin de Dieu, la science donne des explications rationnelles à tout phénomène ou finit toujours pas le faire. Or un agnostique ne croit pas au hasard pur, il croit qu’il y a quelque chose derrière le hasard, quelque chose que nous ne parvenons pas à comprendre ni à définir. De là à parler de Dieu, il y a une distance que je ne saurais parcourir.

Le livre a aussi l’intérêt de passer ne revue les grandes découvertes scientifiques au sens large : l’heliocentrisme (Copernick, Gallilée), la gravitation (Newton), la déterminisme (Laplace), l’évolution (Lamarck), la sélection naturelle (Darwin), la psychanalyse (Freud), la mécanique quantique (Planck et consorts), la relativité (Einsten), l’incomplétude, l’ADN, les réglages fins, etc, etc… Toutes ses avancées ainsi énumérées soulignent une idée toute simple, à savoir que ce qu’on prend pour acquis à un instant T peut être invalidé ou confirmé par la science quelques années ou siècles plus tard. N’ a-t-on pas pensé pendant longtemps que la terre était plate ? Les platistes, à ne pas confondre avec les Platteurs, groupe américain de Doo wop des années 50, le pensent encore aujourd’hui et votent pour Trump ! L’agnostique lui se dit qu’il ne sait pas ce que seront les prochaines grandes découvertes et que les certitudes actuelles peuvent être amenées à évoluer, à être confirmées ou réfutées, qui sait ? Personne.

L’important est de savoir ce que l’on entend par « Dieu ». Les auteurs de ce livre commettent parfois l’erreur de faire de l’anthropomorphisme, donnant à Dieu une apparence humain. Ils l’appellent parfois « il ». Pourquoi Dieu serait-il un « il » ? Parce que le nom dieu est masculin ? En français peut-être, pas en anglais, « God » n’est ni masculin ni féminin et j’ignore quel est son genre dans les centaines de langues existantes. Sans parler des cultures où les dieux sont multiples, et donc à la fois masculins et féminins. Mais là encore, c’est de l’anthropomorphisme, vouloir donner à Dieu une forme humaine, ou éventuellement animale. Cela n’a aucun sens. Si Dieu existe, et après avoir lu ce livre, je ne suis pas plus avancé sur la question, il s’agit plutôt d’une force immatérielle et non d’un homme ou d’une femme avec une barbe perchés sur un nuage balançant des éclairs et des signes à Pierre, Paul ou Jacques. Tout ça, c’est de la littérature, des comtes pour enfants, pour s’endormir le soir, et aussi le jour.

Ce auquel le livre ne répond pas non plus, et c’est selon moi l’essentiel, ce pourquoi les hommes ont besoin d’un Dieu, au moins la majorité d’entre eux, et c’est la question du pourquoi et celle du après. Pourquoi ce qui arrive arrive, surtout quand ce qui vous arrive est terrible, accident, maladie, mort, question à laquelle on peut relier celle du bien et du mal. Et l’autre question, c’est celle de l’après, après la vie, y a quoi ? C’est vrai ça, tout le monde veut savoir ce qu’il y a après ? Ce livre n’y répond pas et à ce que je sache personne n’a jamais répondu à cette question, sauf à dire qu’il n’y a rien. D’où le besoin d’inventer ou de croire en autre chose car se dire qu’il n’y a rien, c’est désespérant. Etre agnostique est une façon sans doute de ne pas désespérer totalement.

Le livre se termine par un chapitre consacré au peuple juif, un peuple qui intrigue selon eux, pour plusieurs raisons, dont je cite :

C’est le seul peuple nous restant de l’Antiquité avec le même pays, la même langue et la même religion qu’à ses début, le seul qui ait survécu à plusieurs exils et déportations, ainsi qu’à une entreprise d’extermination massive, un des rares pays, petit et dénué de richesses naturelles, contesté par des voisins le cernant de toutes parts, un pays dont la capitale est le centre de tensions géopolitiques majeures, peut-être même le centre du monde, un peuple qui a ressuscité sa langue 2500 ans après l’avoir abandonné, un peuple dont est sorti le livre le plus vendu au monde, devant Harry Potter, je suis jaloux ! (Harry Potter, c’est moi qui l’ai rajouté). Est-ce que tout cela en fait Le peuple élu ? Cette question n’est pas sans poser d’autres questions et un certain nombre de problèmes, mais j’y reviendrai ultérieurement.

Alors, et Dieu dans tout ça ? La question n’est pas tranchée malgré les affirmations des auteurs. Ce qui est certain en revanche, c’est que le fait de croire en Dieu ne vous empêche malheureusement pas de vous faire écraser par un camion.


Post scriptum : un PS est sans rapport avec Dieu, mais ayant cité Panurge, j’ai pensé à Rabelais. Quand on demande à Chat GPT, la solution d’IA la plus connue à ce jour, qui est Panurge, voici ce qu’il répond : « Panurge est un personnage de fiction issu du célèbre roman de François Rabelais intitulé « Gargantua et Pantagruel », écrit au XVIe siècle. Panurge est souvent décrit comme un personnage extravagant, rusé et souvent irresponsable. Il est l’ami et le compagnon de Pantagruel, le fils de Gargantua. Panurge est connu pour ses aventures loufoques et ses réflexions philosophiques, notamment dans le troisième livre de l’œuvre, « Le Tiers Livre ». Il est célèbre pour sa question philosophique récurrente : « Dois-je me marier ? ». Jusqu’ici tout va bien.

Par contre, quand vous demandez à Chat GPT qui est Gargamelle, voici ce qu’il répond : « Gargamelle est un personnage de la bande dessinée belge « Les Schtroumpfs », créée par le dessinateur Peyo. C’est la femme du sorcier Gargamel, et elle apparaît occasionnellement dans les aventures des Schtroumpfs. Elle est souvent utilisée par Gargamel comme un outil dans ses tentatives pour capturer les Schtroumpfs. » Or, comme vous le savez sans doute, ou pas, Gargamelle est surtout l’épouse de Grandgousier et la mère de Gargantua dans Pantagruel de Rabelais.

L’IA doit encore affiner ses algorithmes, peut-être faut-il demander à Dieu de l’y aider.


Source / Référence

(1) Dieu, la science, les preuves, Michel-Yves Bolloré, Olivier Bonnassies, Guy Trédaniel Editeur, 2021.

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