# SeX

Sex Education

7 avril 2024

On a beau vouloir écrire des billets légers, on est vite rattrapé par l’actualité. Cette semaine, une jeune homme de 15 ans, Shameseddine, qui signifie « Soleil de la religion » en arabe, s’est fait rouer de coups par une petite bande de garçons de son âge parce qu’il discutait sexualité avec la sœur de deux d’entre-eux. Soleil de la religion, mon Q oui ! La religion, dans ces cas-là, c’est de la merde, je vous le dis, je vous l’écris, je vous le crie même. Comment peut-on aller massacrer un gamin parce qu’il parle sexe avec une copine, quand on a 15 ans, de quoi voulez-vous parler d’autre ? C’est l’âge, c’est normal, c’est pas grave, faut pas s’enflammer comme ça les gars. Oui mais voilà, et l’honneur de notre sœur, et l’honneur de la famille dans tout ça, clament-ils pour justifier leur acte barbare ? On va aller lui donner une bonne leçon à ce petit con et comme on n’a pas le courage, pas les couilles dirais-je, de se battre à un contre un, comme un homme, un homme d’honneur justement, on y va à quatre, quatre contre un, c’est pas dur d’avoir le dessus, il est où ton honneur mec, hein ? La suite, on la connaît, le gamin en prend plein la gueule, plein le corps, coups de poings, coups de pied, au visage, sur le crâne, on se déchaîne jusqu’à ce qu’il ne bouge plus, jusqu’à ce qu’il pisse le sang, jusqu’à ce qu’il en crève. Crime d’honneur ? L’expression me paraît pour le moins surréaliste, encore une fois, où est l’honneur ici ?

Je connais bien ce genre d’affaires sordide. Il y a des années de ça, le petit frère de mon ami d’enfance, originaire de Côte d’Ivoire, où il est d’ailleurs en ce moment – big up fréro – était au procès de l’assassin de son petit frère, un gamin super lui aussi, sans histoire, gentil et tout, une crème. Sa seule erreur, sortir avec la fille qui ne fallait pas et être noir, être noir alors qu’elle ne l’était pas et dans sa famille à elle, ça ne passait pas cette couleur de peau. Alors on l’a prévenu lui, lâche ma sœur, qu’on lui a dit. Et lui n’a pas lâché, parce qu’il était jeune, amoureux et con. Alors le frère est venu le voir et l’a poignardé. Fin de l’histoire, pas de happy end ici, à la fin c’est Léo qui coule et Kate qui reste sur le radeau. Donc oui je connais bien ce genre d’histoire et ça me met dans une de ces colères.

Cela montre à quel point la sexualité n’est pas un sujet comme un autre, en particulier s’agissant de la jeunesse. Et aujourd’hui la problématique n’est pas exactement la même qu’elle était quand moi j’étais ado, dans les années 90. Dans les années 90, nous n’avions pas accès à autant de contenus pornographiques. Il y en avait bien sûr, il y avait les films en VHS mais fallait aller les louer dans un vidéo club et c’était interdit aux mineurs, pas moyen de resquiller, à l’époque il n’y avait pas un simple bouton sur un site web disant, oui, j’ai plus de 18 ans. La rigolade ! Il y avait aussi Canal+, le premier samedi du mois vers une heure du matin, donc le premier dimanche en fait. Soit tes parents avaient les moyens de se payer l’abonnement, soit tu tentais de regarder les films avec une passoire, évidemment ça ne marchait pas, je ne sais pas quel abruti a véhiculé cette astuce en premier mais il a bien dû se marrer en voyant tous ces cons prendre une passoire pour essayer de voir du porno sur Canal. Tout ce que tu voyais, c’était un film crypté derrière une passoire, mort de rire ! Il y avait aussi les magazines papier mais là pareil, ils étaient haut perchés dans les rayons presse des bureaux de tabac, le gérant vous regardait d’un sale œil et vous vous carapatiez fissa. Une fois, j’ai essayé de voler un magazine de cul dans une vieille solderie de campagne non loin de chez mes grands-parents, je l’avais mis dans mon pantalon, normal, et le truc avait sonné en passant à la caisse, le début des systèmes antivol, ces petites barres de métal adhésives qui l’on glisse discrètement au milieu de l’ouvrage et bim, je me fais choper comme un bleu bite, la honte intersidérale, jamais de ma vie je n’ai retenté de voler un magazine porno dans une solderie de campagne, la vérité si je mens !

Bref, l’éducation sexuelle dans les années 90, c’était folklo. D’autant qu’on n’en parlait pas sinon. On n’en parlait pas aux potes, on n’en parlait pas avec des copines, encore pire, on n’en parlait pas avec les parents, ou alors ceux qui avaient des parents très « open » peut-être, pour la grande majorité, c’était un sujet tabou, il en avait toujours été ainsi et probablement en serait-il toujours ainsi. Et pourtant, ce ne sont pas les questions qui manquaient, ni le besoin de conseil pour se rassurer, car clairement la sexualité intimide quand on a 15 ans. On s’en fait une montagne, un Everest à franchir, alors avoir quelqu’un à qui en parler, quelqu’un qui ne te juge pas, ne se moque pas de toi, aurait vraiment été super. Nous avons fait sans.

Pour les gamins d’aujourd’hui, le sujet reste sensible, on en a la preuve en lisant les faits divers, la situation est néanmoins très différente des années 90. Déjà, en cliquant sur ce petit bouton « J’ai plus de 18 ans », ils accèdent à des contenus pornographiques sans limite, que ce soit en terme de quantité que sur le contenu à proprement parler. Car les porno d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux d’il y a trente ans, j’ai déjà abordé le sujet dans mon billet Dorcel ou Pornhub ? Avant, il y avait une esquisse de scénario un tant soit peu crédible, une parodie de film de cape et d’épée où on enlevait vite la cape et on sortait son épée, ou de sciences fiXion avec un astronaute qui se tapait des femmes extra-terrestres peinturlurées comme des Schrtroumpfs. Le porno à la papa était grotesque certes mais on n’y traitait pas les femmes comme de la chair à canon, et plus le canon est long aujourd’hui, pire est la démonstration. Regarder ce type de film quand on a 15 ans déforme complètement votre vision de la sexualité, que vous soyez un garçon ou une fille, les garçons pensent que si t’en as une de moins de 20 cm, t’es bon à rien, donc presque tout le monde en fait, et côté fille, si tu ne te plies pas en quatre et ne laisse pas les mecs faire ce qu’ils veulent de toi, par où ils veulent, ça va les frustrer, les pauvres petits zizis. Le porno moderne est une horreur absolue d’un point de vue éducation sexuelle.

Heureusement, il y a aussi des bons côtés à cette époque où les écrans sont omniprésents. Il y a par exemple les influenceurs, comme on dit, désolé je n’ai pas d’autre terme pour les qualifier, ils ne sont pas des journalistes, ni des écrivains car leur support est multimédia, ni des cinéastes car ils tournent des séquences ultra courtes qu’on ne saurait considérer comme des films. Ils mélangent en fait un peu tout ça, plus l’expérience et la touche personnelles, l’écriture, la vidéo, pour parler à auditoire, jeune le plus souvent. Sur le sujet de la sexualité, notamment pour les filles, il y a Jemenbatsleclito, de Camille Aumont-Carnel, on appréciera le titre légèrement caille-ra, ou pas. En tout cas, Camille a le mérite de dédramatiser la sexualité féminine et d’aborder des sujets tabous voire complètement niés tels que les règles très douloureuses, autrement appelées endométriose, voici son genre de prose : « J’ai mes règles, de l’endométriose et je viens de prendre mon petit dej full gluten ( parce que bah nique en fait ). J’en suis à mon deuxième medoc à base de codéine de la journée suite à 2 crises pendant la nuit et je me réveille d’une sieste étant donné que tout ça m’a envoyé sur Pluton. Je suis shootée donc je ne sens presque plus rien, je vais donc plutôt bien niveau douleur. Je pleure beaucoup, j’ai la diarrhée et j’ai un craving hardcore de raisins. Mon dos et mes épaules m’ont envoyé bouler pour la journée. Je sens mon cœur battre au niveau de mon front et de mon utérus, assez chelou comme sensation. » Jemenbatsleclito connaît un vrai succès auprès des jeunes et vient même de sortir en version bouquin : Les mots du Q, Manifeste joyeux des sexualités (1). Un peu différent du Manifeste de Karl Marx j’en conviens, mais tout aussi utile pour cette classe sociale.

Dans les avantages de cette époque, par rapport à la mienne, il faut aussi citer les séries et notamment Sex Education (2), avec la sublimissime Gillian Anderson, l’ex-agent Scully de X-Files, tiens tiens X-Files, s’agirait-il en fait de dossier coquins, qui tient ici le rôle d’une sexologue dont le fils, Otis, un prénom à travailler dans les ascenseurs, se met lui aussi à donner des séances de psychothérapie et autres conseils en sexualité à ses camarades du lycée. Il n’a pas eu cette idée de génie tout seul, il y a été poussé par Maeve, la rebelle en perfecto, pour se faire de l’argent facilement. Quand on ne connaît pas la série, on peut se dire, moais et alors so what ? Quand on rentre dedans, on se dit plutôt quelle excellente idée ! Excellente idée de série à la sauce anglaise, c’est à dire funky, colorée, décalée et excellente idée pour la vraie vie. Pourquoi n’y a-t-il pas un sexologue dans tous les lycées, quelqu’un, ou quelqu’une, ou mieux encore, quelqu’un ET quelqu’une, pour que ceux qui préfèrent parler à un homme, ou un garçon, puissent le faire, et ceux ou celles qui préfèrent parler à une femme, ou une fille, puissent le faire également. Car il est évident que le genre n’est pas anodin quand il s’agit de parler de sexualité. Personnellement, j’aurais adoré qu’il y ait quelqu’un d’accessible pour répondre à toutes les questions qu’on se pose à cet âge-là. Quelqu’un de jeune idéalement, comme dans la série, peut-être pas un lycéen, faut pas exagérer, d’autant qu’on voit mal comment quelqu’un du même âge pourrait avoir la sagesse, le recul et l’expérience nécessaires pour répondre à toutes les situations et les questions que ses camarades seraient amenés à lui poser. Bon, c’est ce qui fait le charme, et les rebondissements de la série, mais dans la vraie vie, je doute que cela fonctionne. Peu importe, je maintiens que l’idée est géniale. A mon époque, j’ai l’impression de parler comme un vieux con à force de comparer les époques, on pouvait aussi appeler Fun radio pour poser une question au Doc pendant que Difool faisait l’imbécile, d’où son nom (fool veut dire imbécile en anglais). Doc et Difool, l’émission de référence sur les questions de sexualité pendant les années 90, un vrai carton. Comme quoi le besoin existait, il existe toujours à en croire le succès de Jemenbatsleclito et il existera toujours car la sexualité occupe une place centrale dans nos vies et sur ce sujet il y aura toujours beaucoup à faire et à dire pour ne pas en faire une affaire justement, se détendre un peu, pour paraphraser Patrick Dewaere dans Les Valseuses, juste être bien, à la fraîche, détendu du gland. Et tant pis si ma phrase déplaît à tous ceux qui veulent brûler ce film et Depardieu sur le bûcher du féminisme.

J’assume ! Qu’on se détende sur ce sujet et que plus jamais un gamin se fasse massacrer pour avoir parlé sexualité avec une fille de son âge. L’éducation sexuelle, fait partie de l’éducation tout court, c’est court et c’est tout.


Sources / Références

(1) Les mots du Q, Manifeste joyeux des sexualité, Camille Aumont-Carnel, Ed Le Robert, 2023

(2) Sex Education, série télévisée diffusée sur Netflix à partir de 2019, avec notamment Gillian Anderson et Emma McKey, que l’on retrouve aussi en muse de Gustave Eiffel, incarné par Romain Duris, dans le biopic que lui a consacré Martin Bourboulon.

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